Ecrits enfants et adolescents

Histoires et poèmes écrits par les enfants et les adolescents des ateliers animés par Carole Menahem-Lilin à Montpellier

17 juin 2008

Le Lac... chap 6, par Violette

Chapitre 6.

Le lendemain matin, Ashelia se leva la première, et comme à son habitude prépara le petit déjeuner. Elle l’amena dans la chambre et, constatant avec désespoir que ni Luka ni Gabriel ne se levèrent, elle alla chercher un seau, le remplit d’eau puis le renversa sur leur tête. Ils hurlèrent de rage et elle se précipita sur le plateau, le déposa à leurs pieds, prit le vélo et se dirigea vers l’usine. Luka fut le premier à sortir, grelottant, de la couverture. Il attrapa plusieurs tartines et les avala à une vitesse impressionnante. Gabriel, qui avait humé le petit déjeuner, sortit la tête de la couette et se jeta sur les tartines restantes. Ils se grognèrent quelques mots qu’eux seuls pouvaient comprendre puis se levèrent, à la recherche d’Ashelia.

Quand il sortirent ils aperçurent à la place du vélo, un petit mot où était écrit « Je suis à l’usine, désolée pour le réveil. A tout à l’heure ! » Ils la maudirent mais la rejoignirent rapidement. Là, ils furent sans voix : elle s’était fait une petite estrade et parlait dans un micro, à la fois aux ouvriers, aux scientifiques, et aux habitants des villages environnants. Elle essayait de gérer tout à la fois et ils montèrent l’aider. Les ouvriers acceptèrent de laisser les scientifiques faire leurs recherches, les habitants commencèrent une pétition et le père de Luka, qui venait de débarquer avec son équipe, promit de faire au plus vite. Luka rentra alors, prétextant un mal de tête soudain. Ashelia rayonnait et parlait avec les villageois, un par un, leur expliquant ce qu’il fallait faire, comment, quand et pourquoi. Quand ils furent tous partis, les ouvriers rangèrent leurs outils dans l’usine et les scientifiques installèrent leurs machines. Le père de Luka attrapa Gabriel alors qu’il discutait d’une certaine race d’oiseaux avec un de ses nombreux collègues.
-Gabriel, il faudrait que je vous parle à Ashelia et toi, dans l’immédiat !
-D’accord, je vais la chercher.
Il ne chercha pas bien longtemps puisqu’elle était la seule fille sur place, à présent.
-Ash ! Ash ! Le père de Luka veut nous parler, c’est urgent, viens.
Ils retrouvèrent donc le grand scientifique, qui prit la parole
-Ecoutez les enfants, on va établir une étude plus approfondie que celle que vous avez et on l’enverra  pour que le site soit classé, mais il y a cependant un problème : cela peut prendre plusieurs années. Alors il vous faudra beaucoup de courage, de patience et de pétitions pour y arriver. N’abandonnez jamais, ce que vous faites pour l’environnement est admirable. Je vous félicite, et maintenant rentrez chez vous, on vous contactera lorsque les recherches seront terminées.
Les deux jeunes gens donnèrent l’adresse du château puis y rentrèrent.

Là bas, ils trouvèrent Luka en pleine discussion avec Bulle.
-Puisque je vous dis qu’on ne va pas y arriver ! Il faudra des années et nous n’avons pas le …
-Luka ! s’écria Ashelia, comment peux-tu dire une chose pareille ? Nous allons y arriver, et bientôt : ton père a commencé les recherches, les ouvriers ont accepté de nous laisser près d’un mois, et les gens du village d’à côté ont préparé une pétition qu’ils vont faire circuler, que veux-tu de plus ?
-Il faudra des années pour que le site soit classé ! On n’a pas le temps.
Un air de démence se dessina sur le visage d’Ashelia et elle gifla de toutes ses forces Luka. Autant dire qu’il en tomba.
-N’abandonne jamais, Luka, si tu te laisses gagner par le découragement, nous n’y arriverons pas.
Elle entra dans leur chambre, prit ses affaires et les monta au deuxième, dans une des nombreuses chambres. Gabriel regarda la scène, surpris, jamais ils ne s’étaient disputés aussi violemment et Luka portait sur sa joue la marque des doigts d’Ashelia. L’après-midi venait tout juste de commencer et elle s’annonçait bien longue. Gabriel aida Luka à reprendre ses esprits, il le ramena dans la chambre et le  laissa se reposer tranquillement.
Il chercha ensuite Ashelia et la trouva dans une immense chambre, en train de déplacer des meubles, de les mettre à un endroit puis à un autre, pour finalement les sortir de la pièce. Il l’attrapa par la main et prit son visage entre ses mains.
-Hé, qu’est-ce qu’y ne va pas ?
-J’ai peur Gabriel, tout cela est tellement … étrange ! On part pour camper tous les trois et regarde où on en est...
-Je ne vois pas très bien de quoi tu te plains, on est dans un immense château, prés d’un lac magnifique et on défend une cause qui en vaut vraiment la peine.
-Gabriel je, je pense qu’il vaudrait mieux que, enfin je veux dire, que l’on se voie moins pendant deux ou trois jours, non ?
Le visage de Gabriel, qui avait été doux quelques instants plus tôt, passa de la déception à la colère. Il ne murmura qu’un vague « Ok … » et sortit, en prenant soin de claquer violemment la porte et de renverser cinq ou six meubles qui traînaient. Il détruisit quelques objets en traversant la maison, prit un vieux vélo et partit avec.
Ashelia, totalement paniquée par la fureur qu’il dégageait, réveilla Luka et lui expliqua la situation. Il la regarda, l’air endormi et lui dit, un petit peu agacé :
-En même temps, il t’aime et tu viens de lui dire d’une façon contournée que tu ne voulais plus de lui alors …
-Alors QUOI ?
-Ben je comprends qu’il réagisse comme ça.
Luka se remit sous la couverture et se rendormit sans laisser le temps à Ashelia de répondre.

Elle attendit toute la soirée que Gabriel revienne mais elle s’endormit avant son retour. Quand elle se réveilla, il devait être deux heures. Elle chercha Luka des yeux mais il s’était déjà levé. Le souvenir de la veille fit couler quelques larmes sur ses joues mais elle les essuya rapidement. Elle se leva alors, sortit, et prit le vélo. Elle roula jusqu’au village, où elle s’arrêta pour acheter une pâtisserie, puis continua sans trop  savoir où elle allait. La fureur de Gabriel l’avait effrayé et elle n’avait plus que cette image en tête. Elle se rappela alors la raison de leur dispute et freina d’un coup sec. « Oh non, mais qu’est-ce que j’ai fait ! » murmura elle. Elle fit demi tour, posa le vélo devant le château et à bout de souffle, courut jusqu’à l’usine. Les scientifiques étaient bien là, dispersés et à la recherche du moindre détail pouvant tout changer. Ashelia les regarda un à un et une angoisse incontrôlable monta au creux de son estomac. Ses membres tremblaient et elle semblait totalement perdue. Elle s’agenouilla sur l’herbe humide et en arrachant de grosses poignées, elle se mit à pleurer. Son amour pour Gabriel l’étouffait et elle avait besoin de faire le point.

Elle se releva quelques minutes après et marcha jusqu’au lac, les yeux dans le vague. Elle s’assit à la même place où elle avait vu Bulle pour la première et fut soudain prise d’une irrésistible envie de plonger dans ce lac. Au contact de l’eau, elle frissonna et se mit à nager. Mais elle sentit un frôlement contre son pied et cria. Elle hurla jusqu’à être sortie de l’eau et ne plus avoir de voix. Pourtant, cela l’avait intriguée et l’envie d’en savoir plus la poussa à récupérer un équipement de plongée auprès des scientifiques et à y retourner. Elle s’attendait à un simple poisson mais craignait de trouver un gigantesque monstre marin et c’est ce qui l’avait d’ailleurs poussée à revenir. Ce qu’elle vit ne déçut pas son imagination : une femme, ressemblant étrangement à Bulle, avec un corps recouvert d’écailles à partir de la taille. Une forte lumière blanche l’entourait mais Ashelia n’en fut pas éblouie pour autant.
-Pardon, murmura une voix douce et tellement fragile qu’Ashelia crut d’abord l’avoir imaginée. Je ne voulais pas t’effrayer, pardon.
Ashelia s’approcha encore de la créature et la regarda fascinée.
-Une sirène, mais oui c’est ça ! Tu es une sirène, comme dans les contes !
La créature la regarda avec mépris.
-Moi ? Une sirène ? Laisse-moi rire, les sirènes n’ont aucun don ! Alors que MOI, moi j’en ai des tas, je suis même une des plus douée.
Ashelia ne répondit pas et continua à l’admirer.
-Et puis d’abord, qui es-tu ? Tu arrives dans mon territoire, tu m’insultes et tu ne te présentes même pas !
-Je suis Ashelia, j’habite dans le château à côté. Tu ressembles à Bulle …
L’étrange femme poisson devint rouge pivoine et murmura une dizaine de « merci ». Leur dialogue s’arrêta sur ces mots et la créature disparut.

Ashelia remonta à la surface et tomba nez à nez avec Gabriel. Elle ne cacha pas sa surprise et s’approcha de lui sans rien dire. Il la laissa faire et la détailla. Ses cheveux dégoulinaient sur ses épaules mais ses vêtements étaient étrangement secs, comme si la scène avait été imaginée. Elle lui sourit faiblement, puis se jeta dans ses bras. Gabriel ne réagit pas, il l’enlaça simplement mais ne prononça pas un mot.
-Gabriel pardon, j’ai été si stupide et si impulsive ! Tu sais très bien ce que je ressens pour toi, je voulais juste prendre le temps.
Elle releva la tête et le regarda droit dans les yeux, lui faisant bien comprendre qu’il ne pourrait en aucun cas échapper à la discussion.
-J’ai mal réagi mais comprends-moi Gabriel,  je n’en peux plus ! Tout va tellement vite, cela me perd, je ne sais plus où j’en suis. C’est tellement difficile, j’ai besoin de m’arrêter pour mieux comprendre et puis continuer après. J’ai juste besoin de temps.
Ashelia crut percevoir une petite flamme de colére dans le regard de Gabriel et comprit, dès l’instant où il ouvrit la bouche, que ce n’était pas qu’une impression.
-Prends-le sans moi. La vie n’est pas sans fin tu sais, on n’a pas le temps de s’arrêter pour se reposer, il faut vivre. C’est comme un jeu que l’on ne peut pas mettre en pause jusqu’à avoir perdu. Alors réfléchis si tu le souhaites, vraiment, je m’en fiche, mais ne t’étonne pas si je ne suis plus là quand tu auras fini.
Il la lâcha, lui caressa tendrement la joue puis fit quelques pas à reculons.
-Mais je … commença Ashelia.
Gabriel la regarda d’une telle façon qu’elle se tut instantanément. Il lui sourit une dernière fois puis partit sans se retourner. Elle resta immobile quelques minutes, puis elle s’assit, à l’endroit même où elle avait été si proche de lui quelques instants plutôt. De lourdes larmes se mirent à couler sur ses joues mais elle ne les essuya pas, elle était bien trop triste pour pouvoir bouger.

Elle resta ainsi le reste de jour, et permit à Luka et Gabriel de se retrouver sans elle, car après l’avoir quittée, Gabriel était juste retourné au château et avait discuté avec Luka.
-Gabriel ! Gabriel ! Tu ne peux pas la laisser, elle a tellement besoin de toi, avait commencé Luka.
-Elle veut du temps, elle va en avoir.
-Ne dis pas ça sur le coup de la colére, elle t’aime cela crève les yeux !
Gabriel soupira, et prit quelques affaires.
-Je vais juste m’installer à l’hôtel du village, elle se calmera ne t’inquiète pas. Elle se calme toujours. Et quand ce moment arrivera, tu seras là pour elle.
Il attrapa un grand sac où il lança les restes de ce qui lui appartenait. Il lui fit un signe d’au revoir et partit. Il ne se retourna pas une seule fois, ne répondit pas à l’appel que Luka lui cria. Luka courut jusqu’à l’usine où il trouva les scientifiques. Il chercha son père des yeux puis, quand il l’aperçut, un grand soulagement l’envahit.
-Papa, où en sont les recherches ?
-Il semblerait que je n’aie plus rien n’à faire ici.
Luka étouffa un grognement frustré.
-Car, continua son père, nous avons suffisamment d’éléments pour faire fermer cette usine en moins d’une semaine !   
Le cœur de Luka s’emballa et il prit son père dans ses bras.
-Merci, merci, merci !

fin

Posté par Menahem Lilin à 19:23 - textes de Violette - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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