24 juin 2008
Maître des lames, chapitre 1, par paul LILIN
CHAPITRE I : Introduction
Le maître entra dans cette auberge miteuse qu’il avait pourtant remarquée à l’impression de puissance qui s’en dégageait, il ouvrit d’un grand coup sec la porte en bois, diffusant un vent de frayeur parmi les habitués qui papotaient là. Car ils le connaissaient. Les rumeurs vont vite, et aucun n’aurait voulu vérifier la véracité de celle que l’on racontait sur ce guerrier haineux, cet homme que la fureur des combats semblait posséder.
Le guerrier, sûr de lui, se délectant de la peur qu’il répandait sur son passage, avança jusqu’au centre de la salle, ses yeux bleus acier injectés d’un sang tumultueux sondant et pénétrant l’âme des hommes rassemblés en ce lieu. Alors qu’il scrutait les tréfonds de la salle, son regard que l’on pouvait qualifier de dément s’arrêta sur une personne drapée dans un long manteau noir, qui semblait se cacher dans l’obscurité. D’un seul coup, le guerrier fougueux fit jaillir des dizaines de lames de son dos. Sa main vola - avec une rapidité acquise après des années de combats et de chasse à l’homme - vers le fourreau métallique qui ornait sa ceinture de cuir, dont il sortit tout aussi promptement une grande épée dentelée…
Une vague de terreur brisa l’étrange silence dans lequel était plongée la salle. Tous fuyaient vers l'unique sortie.
Tout d’un coup, Draeyl, car c’était son nom, fit un majestueux saut arrière, se retrouvant en quelques centièmes de secondes derrière les hommes n’ayant pas encore quitté l’auberge. De sa lame dentelée, il trancha les chairs du dos d’un pauvre hère n’ayant pas déserté les lieux assez vite. Le liquide sanguin, diffusant une odeur âpre, changea progressivement la couleur de l’arme en un funeste présage de mort, tandis que le métal magique semblait pomper goulûment la vie du manant tombé à terre.
Une fois sa lame fut repue, et tandis que la silhouette encapuchonnée se dévoilait, révélant une femme toute de bleu vêtue, il marmonna dans un étrange bourdonnement semblant venir de tout son être, un funeste rituel incantatoire. Lorsqu’il eût fini, tandis que la femme le toisait d’un air furieux, il hurla, ébranlant jusqu’aux fondations de la bâtisse : « Que des lames sortent du sol ! Qu’une forêt acérée elles créent ! Et que le sang infâme se répande en elles, les teintant d’un rouge meurtrier ! »
Dès lors, des lames acérées émergèrent du sol, traversant comme du beurre le plancher en bois massif, traçant un chemin d’acier vers leur adversaire. Alors, Slam (la guerrière) décolla du sol, sortant d’un étui sur son dos une lance à double tranchant au manche doré étincelant et aux lames recourbées d’un bleu très sombre semblant venir du fond des océans. Voyant cela, Draeyl rangea sa lame Mordante. Il sortit d’un étui accroché sur son dos deux sabres longs et effilés, qui ondulèrent gracieusement dans l’air, comme s’ils étaient vivants.
C’étaient des lames Mouvantes.
Ces armes, qui semblent vivantes, ne restent pas bloquées à une forme rigide. Si elles ne changent pas totalement de forme, comme des lames Changeantes, elles sont aussi souples qu’un fouet. Aussi, elles peuvent s’agrandir à volonté.
Slam, la femme aux vêtements bleus, commença à virevolter autour de son adversaire, faisant tracer de larges cercles bleutés à sa lame.
Draeyl se lança dans une chorégraphie envoûtante, faisant tournoyer ses lames à une vitesse phénoménale, tissant autour de lui une sorte de bouclier étincelant et meurtrier ne paraissant pas avoir la moindre faille. Enfin, il bondit à l’assaut de son adversaire, ses lames produisant un sifflement suraigu en traversant l’air.
Le choc des deux armes émit un son cristallin, et bientôt les coups furent échangés à une telle vitesse qu’ils étaient impossibles à suivre pour un œil humain. Après des passes d’armes qui auraient fait rougir d’envie de nombreux bretteurs confirmés, voyant qu’ils étaient de force égale, ils s’éloignèrent l’un de l’autre en bondissant.
Avant que Draeyl n’ait pu réagir, Slam marmonna des paroles incantatoires, tout en faisant des moulinets devant elle avec sa lance. Une gigantesque vague d’eau déferla dans l’auberge désertée, projetant Draeyl contre le mur de bois. L’incantateur courut vers son adversaire, en tenant son arme dans son dos, prêt à porter un coup dévastateur.
Draeyl commença à faire tourner ses lames flexibles des deux côtés. Soudain, le sang qu’il avait pris sur ceux qui fuyaient, qui teintait les lames acérées d’une couleur rouge sombre inquiétante, fut libéré et se mit à suivre le mouvement des sabres, entourant les lames d’un liquide rougeâtre et formant deux cercles vermeils autour du combattant émérite.
Celui-ci chargea Liam tête baissée en marmonnant une série de paroles cabalistiques aux tons ténébreux, entrecoupées de sifflements tranchants ; son marmonnement enfla jusqu'à devenir un hurlement digne d’un dieu de fureur en combat, et il leva la tête, fixant Liam de ses yeux devenus d’un noir hypnotisant, aux reflets pourpres.
Le choc était inévitable. Mais avant qu’il ne se produise, les incantations de Draeyl firent effet. Elles créèrent une aura maléfique d’une sombre puissance, nimbant le guerrier d’un halo furieux à l’apparence incertaine.
Quant à Liam, un bouclier aqueux en forme de tête de loup à corne se forma avec grâce et la protégea.
Ils savaient tout deux que c’était leur dernier assaut, et que l’un d’entre eux resterait à terre. C’est pourquoi ils mirent toutes leurs forces dans ce combat final…
De l’échange de coups on ne put rien voir,
Trop vite ils étaient donnés, trop vite ils étaient parés.
Nécessaire c’était, pour assurer son pouvoir
Sur un ennemi avant tout prêt à annihiler.
Toujours est-il qu’il nous faut un vainqueur,
Et un homme ou une femme, qui peut-être meure.
Le vainqueur est là, il avance à grands pas,
Tout sang le régale, il incarne le mal.
Aujourd’hui vainqueur, qu’en sera-t-il demain ?
La gloire au prix du péril, au prix d’une vie,
La mort, elle, n’a plus qu’à tracer son chemin
Draeyl a vaincu aujourd’hui, un autre paiera de sa vie…
Draeyl sortit de l’auberge, seul. Il s’en fut loin des badauds, loin de la ville. Il arpenta les routes, et devant lui, peu à peu, le paysage se fit plus morne, plus rocailleux, jusqu’à ce que devant l’infatigable marcheur il n’y ai plus de route, se dirigeant droit vers les hautes montagnes du Bord du Monde.
Il gravit des sentiers montagneux, massacrant les quelques créatures inconscientes se dressant sur son chemin.
Le sol était noir, jonché d’os épars. Devant Draeyl se dressait l’ultime pic, le plus haut de tous ; jamais escaladé il possédait une sombre légende. Là haut l’attendait le détenteur de son passé.
Mais alors qu’il commençait à monter sur ce dernier rempart, une brume violette l’entoura, le transportant vers son funeste passé, celui-là même qu’il souhaitait oublier…
Paul est en 5e, il n'en est pas à son premier écrit... Grand lecteur d'heroic fantasy, il nous offre cette histoire à la fois fantastique et épique.
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