24 juin 2008
Maître des lames, chap 4
CHAPITRE IV : Adalrik
Les clameurs résonnaient dans la tête du nordique. Des cris d’encouragement, des hourras vibrant d’admiration. Debout sur la proue de son navire, Adalrik le Sigmarite observait d’un regard déterminé l’horizon incertain, n’adressant pas un regard à la terre habitée par les siens.
Son grand drakkar, terminé par une magnifique et terrifiante tête de dragon, naviguait rapidement, fendant les flots tumultueux du Grand Océan.
Tandis que, déjà lointaine, la côte rapetissait encore, les nordiques s’affairaient. Ils choisissaient leurs hamacs, posaient leurs armes, défaisaient leurs armures de cérémonie ; ils entreposaient les vivres dans la calle, avec les tonneaux de bière et d’hydromel.
Le second du capitaine, un certain Asulf, veillait au grain, tandis que le capitaine retirait sa lourde armure rutilante afin de l’entreposer, comme son large marteau et sa hache de guerre, dans son coffre personnel. Il portait maintenant un large manteau de fourrure, extrêmement chaud, essentiel pour combattre le froid mordant du grand large.
Leur chef avait la réputation d’un homme sage et juste ; mais nul ne doutait de sa dureté concernant les fautes commises à bord, et aucun des guerriers ne se permettrait le moindre relâchement durant le voyage.
Les jours passaient et le navire continuait son voyage, au gré du vent qui gonflait ses voiles, malgré les pluies, les tempêtes, les subites tombées de grêle. Enfin, après plusieurs semaines de voyage, une terre fut en vue ; quand le navire ne put s’approcher davantage, on sortit les canots et on alla à la rencontre de cette nouvelle côte.
Les Nordiques n’eurent pas à marcher longtemps avant d’arriver à ce qui avait sûrement été un village. Il n’en restait désormais que des ruines et quelques maisons en piètre état, inhabitées. Un groupe d’une vingtaine d’hommes, menés par le chef, s’y rendit. Mais tout avait déjà été pillé ; quelques corps gisaient ça et là, atrocement mutilés.
Soudain, alors qu’il sortait de la bâtisse, Adalrik se rendit compte de la situation. Les marques de pillage étaient récentes. Le village était entouré de collines. Et tout était si calme… Trop calme. Le valeureux guerrier avait assez d’expérience pour savoir que la tempête ne tarderait pas à se déchaîner…
Jetant des regards suspicieux en tous sens, Adalrik héla ceux de ses hommes encore occupés à visiter les maisons, volant le maigre butin restant. Et, alors qu’il leur ordonnait, ainsi qu’à ceux restés prêt de lui, de se replier vers le reste du groupe, son regard s’accrocha à un détail du paysage. Un drapeau, rouge et noir, avec, au centre, un motif que la distance empêchait encore au guerrier de discerner, sortait d’un bosquet. Il claquait au vent, signal d’une présence humaine, sûrement hostile…
S’efforçant de garder son calme, Adalrik, suivi de ses hommes, commença à courir vers le sentier par lequel ils étaient passés, au cœur de la forêt. Mais la lourde armure de leur chef les ralentissait ; ils savaient bien que, si il y avait bien une présence hostile, elle les attaquerait avant qu’ils n’aient pu atteindre l’armée…
D’inquiétants bruissements dans la forêt environnante, le bruit sec des brindilles brisées par une marche précipitée, les cris perçants des quelques oiseaux dérangés ; les oreilles exercées des Nordiques ne furent pas dupes et détectèrent la présence d’un individu dans la forêt. Ils accélérèrent encore la cadence, courrant presque malgré leurs armures et la moiteur environnante.
Les bruissements se firent encore plus forts, comme si les poursuivants eux aussi couraient.
Enfin, les guerriers arrivèrent dans une large clairière. Ils l’avaient déjà traversée à l’aller ; ils étaient à mi-parcours.
Mais Adalrik, aux aguets, aperçût un mouvement furtif. Il prit son marteau, recommandant aux autres de se préparer à la bataille.
Voyant que les Nordiques se préparaient au combat, leurs poursuivants, renonçant à toute discrétion, sortirent de la forêt.
Ils étaient grands et basanés, portant à la ceinture de redoutables cimeterres, et sur leur dos, accroché grâce à une sangle de cuir, pendait un bouclier rond. Leurs têtes étaient enturbannées, et leurs torses nus.
« Des Sarrasins ! » rugit une voix dans le groupe rassemblé au centre de la clairière.
Sans aucun doute possible, c’était eux qui avaient dévasté et pillé le village voisin, et ils ne rechigneraient pas à massacrer ceux qu’ils avaient encerclés.
Ils étaient peut-être le quintuple, voir plus, des Nordiques, et des renforts semblaient attendre dans la forêt. Tandis que les vaillants guerriers se préparaient à vendre chèrement leurs vies, entonnant un lugubre chant de mort, leurs assaillants, disposés en deux rangs menaçants sur toute la limite de la forêt, commencèrent à tourner, le premier rang dans un sens, le second dans l’autre, sans quitter des yeux les guerriers.
Enfin, alors qu’ils feignaient de commencer un troisième tour, les Sarrasins chargèrent. Hurlant des sentences de mort dans leur langue, arme levée, prête à trancher net tout ennemi, ils ressemblaient à des démons.
Déglutissant avec peine, Adalrik intima à ses semblables de tenir leur position. Il sortit son cor de guerre, et, défiant ses ennemis, y souffla puissamment. Le son retentit à des kilomètres, alertant les hommes restés au camp du péril dans lequel étaient engagés leurs camarades.
Sortant de leurs tentes, scrutant la pénombre, ils organisèrent rapidement une opération de secours, se dirigeant vers l’emplacement d’où semblait être venu le son.
Prenant son marteau à deux mains, Adalrik frappa de tous côtés les barbares, créant une zone où les ennemis ne pouvaient plus – ou plutôt n’osaient plus, sous peine de se faire hacher menu par l’arme mortelle – approcher.
Voyant cela, Adalrik s’élança en tourbillonnant, écrasant les os des infortunés se trouvant sur sa route.
La fièvre du combat réveillait peu à peu son talent de maître des lames. Il s’était spécialisé en tant que berserker, fanatisé par le combat. Ce statut respecté lui avait valu les honneurs, jusqu’à ce qu’il atteigne sa place actuelle dans la rude société nordique.
Accroissant encore sa vitesse, Adalrik laissa sortir quelques lames bleutées de son torse et une de ses deux pieds. Il se mit à tournoyer, se transformant en une toupie infernale…
Combattant pour sauver leurs peaux, les Nordiques reprirent courage en apercevant la vigueur renouvelée de leur chef. Menés par celui-ci, ils chargèrent violemment la masse de Sarrasins, hurlant leur rage de vivre.
Quand, enfin, le reste de la troupe arriva sur le lieu du combat, celui-ci battait son plein. Les lourds marteaux, sortis des meilleures forges du pays, écrasaient crânes et os sans répit. Les barbares, eux, commençaient à reculer ; la peur de la mort était plus forte que l’attrait causé par l’or qui emplissait sans nul doute les bourses des nouveaux venus.
Soudain, alors que les Nordiques venant d’arriver s’apprêtaient à charger eux aussi, un défi se fit entendre au-dessus du vacarme de la bataille. C’était le chef des Sarrasins qui voulait affronter en combat singulier Adalrik.
Mais, tout à sa fureur de berserker, celui-ci n’entendit pas la requête ; il ne fit que s’orienter vers le son, tournoyant toujours. Le chef des Sarrasins, portait un turban rouge sang et deux larges cimeterres à la ceinture. Son corps était couvert d’une tunique de cuir, armure rudimentaire mais assez légère pour ne pas entraver les mouvements. Il se préparait à recevoir son adversaire, quand celui-ci déboula littéralement sur lui, faisant exploser les corps de ses gardes du corps. Quand le Sarrasin tenta de contrer le marteau ravageur, ses lames volèrent en éclats ; il n’avait même pas eu le temps de réaliser cela qu’il se trouvait sur un arbre, disloqué, les os brisés et la chair écrasée…
Les Nordiques restant à l’arrière n’avaient finalement pas chargé. Ils laissaient le combat et la victoire à leurs frères, se contentant de massacrer allègrement les fuyards.
Pour les guerriers basanés, habitués à un combat éclair et une victoire facile, ce fut trop. Tous ensemble, tel un seul homme terrifié, ils fuirent le combat. Malheureusement pour eux, les troupes arrière les arrêtèrent en route et le carnage fut total…
Les Nordiques n’avaient à déplorer que quelques pertes, tandis que la troupe sarrasine toute entière s’était faite massacrer. On amena les morts au campement, entourés par les vivants, en une procession funèbre.
On dressa un gigantesque bûcher, au sommet duquel les guerriers posèrent délicatement les corps de leurs frères disparus. Les grands guerriers entamèrent une chanson d’adieu, tandis qu’un des leurs mettait le feu au funeste édifice.
Ce fut un soir de beuveries et de joie, malgré l’ombre portée par la mort de certains de leurs camarades. Un grand butin avait été trouvé sur les Sarrasins, et le partage n’avait causé aucun problème chez les Nordiques. Oui, cette nuit fut joyeuse et festive… mais qu’en serait-il de la suivante ?
C’était le matin, aux premières lueurs de l’aube. Le majestueux soleil se levait paresseusement tandis que les oiseaux, déjà éveillés, chantaient un bonjour mélodique à l’astre flamboyant. La magnifique lumière éclairait les restes de la beuverie du soir, tandis que les quelques soldats de garde se réveillaient de leur somnolence, attrapant une gourde d’hydromel par ci, une tranche de lard fumé par là, émettant des rots grossiers en retour aux oiseaux et des ronchonnements mal éveillés sur la lumière qui les indisposaient, au soleil. Ainsi passait la matinée quand, courant depuis plusieurs kilomètres, un messager apparu sur le sentier de la forêt.
Les sentinelles, enfin lucides, le firent entrer après vérification ; il ne portait aucune arme, et semblait animé de bonnes attentions. Il réclamait seulement à parler avec le chef des Nordiques, car il disait avoir un message à lui faire parvenir.
Lorsqu’on le fit enfin entrer, non sans avoir réveillé Adalrik, il transmit son message prestement.
« Sire, la ligne de front s’est déplacée vers le Sud. L’ennemi a effectué quelques percées, heureusement repoussées, mais les hommes manquent, malgré leur moral d’acier. De plus, on nous a signalé des Orques près d’ici ; ils sont accompagnés de Gobelins et d’Ogres et certains chevauchent même des sangliers sauvages. Ils semblent divisés en plusieurs clans ennemis, et il serait facile de créer des tensions si on pouvait les approcher. Fanel et Grayh ont disparu, mais aucun autres maîtres des lames n’est à déplorer. L’Armée attend avec impatience votre arrivée. »
Ceci dit, il se retira après avoir salué Adalrik. Celui-ci sortit, et annonça à ses hommes :
« Nous devons accélérer la marche. La grande Armée nous attend, car cette guerre est primordiale pour nous tous. En chemin, nous croiserons sûrement des orques, mais… »
Il s’interrompit, car ses hommes ne le regardaient plus. Ils s’étaient tournés et fixaient un point, de plus en plus grand, qui courait en haletant. C’était un deuxième messager, qui semblait bien plus mal en point que le premier, poursuivi par un féroce ours gris. Il criait pour qu’on lui vienne en aide, et bientôt plusieurs guerriers nordiques sortirent leurs armes et massacrèrent l’animal sauvage. Respirant avec peine, l’homme épuisé donna à Adalrik un message manuscrit.
Il y était écrit ceci :
« Monsieur, nous sommes les rescapés d’un village proche de celui où vous vous êtes fait attaquer. Là-bas, des hordes de gobelins, aidés par quelques orques, massacrent sans pitié les habitants. Le coureur qui vous a transmis cette lettre, ainsi que moi, faisons partie d’un des groupes survivants. Nous vous prions d’accepter de nous protéger ; l’homme qui vous a transmis la lettre vous mènera à notre repaire.
Il s’appelle Sylfaen. »
- Eh bien, nous passerons par votre village ; conduis-nous donc à votre campement !, convint Adalrik.
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