24 juin 2008
Maître des lames, chapitre 1, par paul LILIN
CHAPITRE I : Introduction
Le maître entra dans cette auberge miteuse qu’il avait pourtant remarquée à l’impression de puissance qui s’en dégageait, il ouvrit d’un grand coup sec la porte en bois, diffusant un vent de frayeur parmi les habitués qui papotaient là. Car ils le connaissaient. Les rumeurs vont vite, et aucun n’aurait voulu vérifier la véracité de celle que l’on racontait sur ce guerrier haineux, cet homme que la fureur des combats semblait posséder.
Le guerrier, sûr de lui, se délectant de la peur qu’il répandait sur son passage, avança jusqu’au centre de la salle, ses yeux bleus acier injectés d’un sang tumultueux sondant et pénétrant l’âme des hommes rassemblés en ce lieu. Alors qu’il scrutait les tréfonds de la salle, son regard que l’on pouvait qualifier de dément s’arrêta sur une personne drapée dans un long manteau noir, qui semblait se cacher dans l’obscurité. D’un seul coup, le guerrier fougueux fit jaillir des dizaines de lames de son dos. Sa main vola - avec une rapidité acquise après des années de combats et de chasse à l’homme - vers le fourreau métallique qui ornait sa ceinture de cuir, dont il sortit tout aussi promptement une grande épée dentelée…
Une vague de terreur brisa l’étrange silence dans lequel était plongée la salle. Tous fuyaient vers l'unique sortie.
Tout d’un coup, Draeyl, car c’était son nom, fit un majestueux saut arrière, se retrouvant en quelques centièmes de secondes derrière les hommes n’ayant pas encore quitté l’auberge. De sa lame dentelée, il trancha les chairs du dos d’un pauvre hère n’ayant pas déserté les lieux assez vite. Le liquide sanguin, diffusant une odeur âpre, changea progressivement la couleur de l’arme en un funeste présage de mort, tandis que le métal magique semblait pomper goulûment la vie du manant tombé à terre.
Une fois sa lame fut repue, et tandis que la silhouette encapuchonnée se dévoilait, révélant une femme toute de bleu vêtue, il marmonna dans un étrange bourdonnement semblant venir de tout son être, un funeste rituel incantatoire. Lorsqu’il eût fini, tandis que la femme le toisait d’un air furieux, il hurla, ébranlant jusqu’aux fondations de la bâtisse : « Que des lames sortent du sol ! Qu’une forêt acérée elles créent ! Et que le sang infâme se répande en elles, les teintant d’un rouge meurtrier ! »
Dès lors, des lames acérées émergèrent du sol, traversant comme du beurre le plancher en bois massif, traçant un chemin d’acier vers leur adversaire. Alors, Slam (la guerrière) décolla du sol, sortant d’un étui sur son dos une lance à double tranchant au manche doré étincelant et aux lames recourbées d’un bleu très sombre semblant venir du fond des océans. Voyant cela, Draeyl rangea sa lame Mordante. Il sortit d’un étui accroché sur son dos deux sabres longs et effilés, qui ondulèrent gracieusement dans l’air, comme s’ils étaient vivants.
C’étaient des lames Mouvantes.
Ces armes, qui semblent vivantes, ne restent pas bloquées à une forme rigide. Si elles ne changent pas totalement de forme, comme des lames Changeantes, elles sont aussi souples qu’un fouet. Aussi, elles peuvent s’agrandir à volonté.
Slam, la femme aux vêtements bleus, commença à virevolter autour de son adversaire, faisant tracer de larges cercles bleutés à sa lame.
Draeyl se lança dans une chorégraphie envoûtante, faisant tournoyer ses lames à une vitesse phénoménale, tissant autour de lui une sorte de bouclier étincelant et meurtrier ne paraissant pas avoir la moindre faille. Enfin, il bondit à l’assaut de son adversaire, ses lames produisant un sifflement suraigu en traversant l’air.
Le choc des deux armes émit un son cristallin, et bientôt les coups furent échangés à une telle vitesse qu’ils étaient impossibles à suivre pour un œil humain. Après des passes d’armes qui auraient fait rougir d’envie de nombreux bretteurs confirmés, voyant qu’ils étaient de force égale, ils s’éloignèrent l’un de l’autre en bondissant.
Avant que Draeyl n’ait pu réagir, Slam marmonna des paroles incantatoires, tout en faisant des moulinets devant elle avec sa lance. Une gigantesque vague d’eau déferla dans l’auberge désertée, projetant Draeyl contre le mur de bois. L’incantateur courut vers son adversaire, en tenant son arme dans son dos, prêt à porter un coup dévastateur.
Draeyl commença à faire tourner ses lames flexibles des deux côtés. Soudain, le sang qu’il avait pris sur ceux qui fuyaient, qui teintait les lames acérées d’une couleur rouge sombre inquiétante, fut libéré et se mit à suivre le mouvement des sabres, entourant les lames d’un liquide rougeâtre et formant deux cercles vermeils autour du combattant émérite.
Celui-ci chargea Liam tête baissée en marmonnant une série de paroles cabalistiques aux tons ténébreux, entrecoupées de sifflements tranchants ; son marmonnement enfla jusqu'à devenir un hurlement digne d’un dieu de fureur en combat, et il leva la tête, fixant Liam de ses yeux devenus d’un noir hypnotisant, aux reflets pourpres.
Le choc était inévitable. Mais avant qu’il ne se produise, les incantations de Draeyl firent effet. Elles créèrent une aura maléfique d’une sombre puissance, nimbant le guerrier d’un halo furieux à l’apparence incertaine.
Quant à Liam, un bouclier aqueux en forme de tête de loup à corne se forma avec grâce et la protégea.
Ils savaient tout deux que c’était leur dernier assaut, et que l’un d’entre eux resterait à terre. C’est pourquoi ils mirent toutes leurs forces dans ce combat final…
De l’échange de coups on ne put rien voir,
Trop vite ils étaient donnés, trop vite ils étaient parés.
Nécessaire c’était, pour assurer son pouvoir
Sur un ennemi avant tout prêt à annihiler.
Toujours est-il qu’il nous faut un vainqueur,
Et un homme ou une femme, qui peut-être meure.
Le vainqueur est là, il avance à grands pas,
Tout sang le régale, il incarne le mal.
Aujourd’hui vainqueur, qu’en sera-t-il demain ?
La gloire au prix du péril, au prix d’une vie,
La mort, elle, n’a plus qu’à tracer son chemin
Draeyl a vaincu aujourd’hui, un autre paiera de sa vie…
Draeyl sortit de l’auberge, seul. Il s’en fut loin des badauds, loin de la ville. Il arpenta les routes, et devant lui, peu à peu, le paysage se fit plus morne, plus rocailleux, jusqu’à ce que devant l’infatigable marcheur il n’y ai plus de route, se dirigeant droit vers les hautes montagnes du Bord du Monde.
Il gravit des sentiers montagneux, massacrant les quelques créatures inconscientes se dressant sur son chemin.
Le sol était noir, jonché d’os épars. Devant Draeyl se dressait l’ultime pic, le plus haut de tous ; jamais escaladé il possédait une sombre légende. Là haut l’attendait le détenteur de son passé.
Mais alors qu’il commençait à monter sur ce dernier rempart, une brume violette l’entoura, le transportant vers son funeste passé, celui-là même qu’il souhaitait oublier…
Paul est en 5e, il n'en est pas à son premier écrit... Grand lecteur d'heroic fantasy, il nous offre cette histoire à la fois fantastique et épique.
Maître des lames, chapitre 2
CHAPITRE II : Les brumes de la vengeance.
L |
e ciel était clair, le soleil flamboyant. Les maisons de bois résonnaient du bruit des activités matinales. Draeyl, alors jeune enfant de 12 ans à la longue chevelure retenue par un bout de tissu noir, sortit en courant de la maison familiale. Il se rendait chez son maître pour son entraînement quotidien. Il était enjoué, comme à son habitude, mais dès qu’il entra dans la demeure de son maître, il redevint sérieux. Il le trouva au centre de l’unique salle, au sol gravé de lignes qui formaient un cercle envoûtant de symboles étranges. Au centre, à l’endroit où se tenait, debout, le maître, on voyait 2 triangles formant une étoile à 4 branches. Le maître était habillé de noir, sa longue chevelure tombait en cascade dans son dos. Draeyl s’inclina humblement devant ce puissant personnage. Celui-ci lui indiqua de venir le rejoindre. L’élève y alla solennellement.
Tandis que les images défilaient devant ses yeux, Draeyl adulte ne pouvait que suivre la scène, se remémorant sa fierté d’alors. Il avait été choisi par le plus puissant maître de son village. Celui-ci allait désormais lui apprendre ses mystérieuses techniques. Lui dévoiler les secrets gardés depuis des décennies.
Cependant sous ses airs de gamin tantôt joueur, tantôt sérieux, le jeune Draeyl cachait une face cachée, orgueilleuse, sadique et sanglante. Il tentait la plupart du temps de la réprimer dans des dialogues intérieurs querelleurs, chacune de ses parties pointant du doigt les faiblesses de l’autre. Pourtant, son attachement au village avait jusqu’alors donné la supériorité à sa face « bonne ».
Le maître se retira du triangle et indiqua à son apprenti comment s’y prendre : il devait faire émerger tout autour de sa main de longues lames.
Le garçon y réussit du premier coup. Les lames sortaient directement de sa peau, formant une couronne tranchante qui dardait dans la pénombre. Elles
Le vieil homme parut étonné de la réussite de son élève. Une lueur d’intérêt dans les yeux, il lui demanda de faire apparaître ces sinistres lames dans l’autre sens. Draeyl essaya plusieurs fois. Un sentiment indescriptible se lisait sur le visage du garçon, un mélange de souffrance, d’orgueil et de peur. Alors, son maître éleva la voix. Ce
« Ne repousse pas la douleur, ne la nie pas : elle ne fera que croître. Accepte-la plutôt, épouse-la. Et utilise-la contre tes ennemis, fais leur sentir la souffrance qui croît en ton sein, délecte-toi de leur douleur et de leur peur ! »
Alors même qu’il assimilait ce que son maître venait de lui intimer, Draeyl sentit les lames sortir de sa peau. Puis, comme son maître le lui avait conseillé, il épousa la douleur, et soudain les lames grandirent, flamboyant - dans les ténèbres faiblement éclairées de la salle - d’un feu intérieur qui faisait ressortir leur couleur, un subtil dégradé sinistre dont la base était colorée d’un violet sombre, tandis que les pointes acérées qui dardaient au bout des lames recourbées et effilées se teintaient d’un rouge sombre et sanguin.
D’un mouvement de la main, le sage fit alors apparaître un large rocher.
L’enfant prodige s’approcha, comme captivé par l’aura sombre qui émanait de la mystérieuse pierre. Lentement, il se pencha vers elle, le regard fixé; il était comme happé par la noire puissance qu’elle semblait contenir.
Le rocher était d’une couleur ténébreuse, scintillant d’une étrange manière dans la pénombre environnante, laissant apercevoir des arêtes acérées et, sans nul doute, aussi tranchantes que des rasoirs.
Alors que Draeyl adulte, impuissant face à son propre passé, son propre destin si souvent ressassé, était forcé de regarder cette scène précédant de si peu l’« accident » honni, des vers s’imposèrent dans son esprit tourmenté.
La voix qui les prononçait était douce et dure à la fois, une voix étrange qu’il lui semblait déjà avoir entendue dans son passé, un passé lointain, si lointain… Et pourtant, en même temps, terriblement proche.
Et soudain, il se souvint : cette voix, c’était la sienne. En
Se fondant en un seul poète sanglant et séducteur, les deux Draeyl murmuraient un poème ; chacune des strophes enflant jusqu’à ne plus composer qu’un hurlement bestial et sanguinaire. Alors que le jeune apprenti chantait, accompagné du guerrier confronté à son passé, la pierre, faiblement d’abord, puis en suivant le rythme des poètes, s’était mise à bourdonner
Toi, irrégularité malfaisante,
Oui, invention démoniaque,
Qui pose un voile opaque
Sur une humanité disparate !
Ô toi l’infâme pierre,
Toi qui inspire méfiance et peur,
Seconde-moi dans ma conquête,
Je t’offrirai et sang, et têtes !
Je suis Draeyl, puissant guerrier,
Et contre tes ennemis, à tout jamais,
Mes lames sont désormais tournées,
Car mon cri haineux, jamais ne se tait !
Surgi de son passé, le maître le regardait d’un air indéchiffrable. Dans l’esprit du vieil homme se bousculaient une foule de questions auquel, il le savait, seul le destin donnerait la sévère et inébranlable réponse.
Puis, lorsque le sinistre chant fut finit, le bourdonnement s’interrompu. La pierre émit un chuintement aigu, alors qu’elle se fendait et découvrait une roche noire comme l’abîme, d’où partaient de longs cristaux rouges qui illuminaient la pénombre de leur rougeoiement iridescent. L’apprenti saisit le cœur du rocher avec fascination, émerveillé par l’apparente puissance dont semblait doter la pierre.
Ladite puissance se déversa dans l’enfant passionné, réveillant en lui sa partie sombre. Ses yeux s’injectèrent de sang, son corps entier se crispa ; les lames de son bras, qu’il avait rentré, sortir de nouveau en diffusant dans le corps désormais robuste de Draeyl l’indicible douleur qu’il avait pourtant apprivoisée.
Faisant pousser dans son autre main une longue et fine lame, il cria de rage tandis que le nœud qui retenait ses cheveux se dénouait. Ceux-ci, se teintant d’une couleur acier, se répandirent sur ses épaules.
Les questions que se posait le maître volèrent en éclat, tandis que son ancien apprenti, de larges lames noires poussant dans son dos, ailes sinistres parfaisant son aspect démoniaque, le chargeait.
Le vieil homme sauta de côté, évitant de justesse le possédé qui lui fonçait dessus. Celui-ci traversa la pièce en faisant exploser la porte, répandant de la sciure rendue chaude par le choc.
Il déboula sur la place du village, totalement possédé par le démon qu’il avait accepté. Abandonnant finalement la lutte pour son corps, finalement perdue d’avance, il se contint d’être le spectateur de ses actions. La tristesse, la joie et la peur se mêlaient dans le torrent de sentiments que ressentait la partie consciente de Draeyl enfant.
Le démon en appela au ciel, et de sombres nuages l’obscurcirent, cachant le soleil ; il en appela à la terre, et un tremblement continu secoua le village.
Il n’eut pas à attendre longtemps avant que les habitants ne sortent de leurs maisons de bois, énervés par le vacarme causé par l’enfant. Ils aperçurent le démon qui trônait sur leur place.
Celui-ci les chargea, tandis que les hommes allaient chercher leurs armes, les plus puissants d’entre eux faisant sortir des lames de leur corps, mais la douleur les faisaient grimacer et aucun ne maîtrisait avec autant de brio la science des lames.
Le guerrier laissa ses bras en arrière, ballottés dans le vent, hurlant la destruction prochaine du village, tandis que les quelques personnes qui l’attendaient parvenaient tout de même à se préparer au choc. Mais rien n’aurais pût les préparer au contact du démon qui habitait l’enfant auparavant frêle ; ils volèrent tous quelques dizaines de mètres plus loin, s’étalant comme des pantins désarticulés dans la poussière du village. Le possédé ne leur adressa même pas un regard tandis qu’il continuait sa course effrénée vers le stock d’armes qui se trouvait un peu à côté du village, en raison de la grande quantité de combustible qui y était entreposée, nécessaire pour l’utilisation de certaines armes du village. Les combattants qui avaient des armes chez eux allaient les chercher, afin de combattre la menace qui leur était arrivée dessus.
Le vieux maître sortit, affolé de l’attitude de son élève ; il savait que plus rien ici ne pourrait arrêter le garçon. Il se lança malgré tout à sa poursuite, guerrier aguerri étonnement rapide pour son âge, tout en sachant que même sa vitesse ne pouvait lui permettre de rattraper Draeyl.
Celui-ci traversait les rues, faisant voler par sa simple aura les quelques personnes qui s’opposaient à lui, poupées de chiffons tentant vainement d’arrêter le fanatique lancé à leur trousse. Alors qu’il allait rattraper un groupe de fuyards, un homme d’une quarantaine d’années s’en détacha pour faire face au cruel démon. Son regard se durcit et ses babines se retroussèrent alors qu’il réalisait qu’il se trouvait en face de son propre fils...
Draeyl adulte sentait encore l’excitation perverse du démon, tandis qu’il détruisait tout ce qui avait bercé l’enfance du corps qu’il habitait. L’agressivité, ode au meurtre et au carnage, qu’il avait sentit dans l’entité qui le possédait. Tout cela le terrifiait alors ; il se demandait si il avait eu raison d’accepter la puissance, tant le prix qu’il devait en payer se durcissait à chaque instant. Et là, debout devant lui, son propre père l’attendait, sa magnifique épée à peine sortie du fourreau émettant une faible lueur dans l’obscurité causée par les nuages invoqués.
L’enfant n’avait plus aucun contrôle sur son corps, et pourtant il vit avec une grande précision celui-ci se mouvoir pour éviter le coup d’estoc maladroit que son père pas assez déterminé à tuer lui portait, et l’enfant trancher d’un large coup la poitrine paternelle, faisant jaillir un flot de sang.
Aucune larme ne sortit de Draeyl, car le démon éclatait d’un rire sinistre en poursuivant sa course effrénée vers le groupe en fuite.
Celui-ci avait quasiment atteint l’entrepôt, et le son maléfique du rire qui, malgré la distance, était parvenu à leurs oreilles, leur fit encore accélérer. Autour d’eux le paysage changeait : ils étaient sortis du village de bois et ils couraient dans un étroit sentier en plein cœur de la forêt. De la troupe. D
Le bâtiment était enfin en vue. Il se trouvait au milieu d’une clairière, bâtiment sombre et imposant aux murs d’un noir de jais. Les membres du groupe arrivaient enfin à la porte, qui était peinte de la même couleur que le reste du lugubre bâtiment. Celle-ci était fermée à clé et, dans leur précipitation, aucun d’eux n’avait songé à aller prendre la clé. Aucun
Draeyl s’était envolé, se servant de ses larges lames comme d’ailes d’aciers. Son esprit goûtait désormais au plaisir malsain de l’être qui l’habitait ; il ne tarderait pas à se laisser aller, oiseau de malheur détruisant son propre village, tuant les personnes qu’il, il y a peu, se devait de chérir.
Il volait maintenant aussi vite qu’il le pouvait, traçant t el un rapace cherchant sa proie les fuyards effrénés. Cela n’était pas dur de les suivre, car le sentier était aisément visible du ciel, chemin clair serpentant dans la masse sombre de la forêt dense.
Les fuyards s’étaient résolus à escalader le mur, et leurs pieds ainsi que leurs mains cherchaient frénétiquement des prises solides dans la paroi, leurs cœurs serrés par la crainte.
Ils arrivaient en haut lorsque, sinistre, l’ombre du chasseur les survola. Lorsque celui-ci les aperçut, il plongea en piqué, ailes repliées et bras en avant. Les pauvres sautèrent au dessus des murs, atterrissant pour la plupart sans encombre de l’autre côté du mur.
Le démon s’amusait, son excitation perverse allant croissant avec les cris de terreur et le bruit mat de la course effrénée vers le bâtiment central, celui qui abritait armes à feu chargées et lames aiguisées. Il plongeait les coureurs dans une terreur pure, happant homme après homme en se lançant en piqué tel un rapace cruel et impitoyable.
La porte s’ouvrait du bas vers le haut, telle la grille d’acier gardant l’entrée d’une quelconque échoppe.
Tandis que Draeyl fauchait un à un les fuyards en pleine course, en attrapant un avant de le déchiqueter et de bondir à nouveau, cruel prédateur au regard fou, ceux-ci se rapprochaient de la porte ; celle-ci coulissait en hauteur avec une lenteur désespérante dans la noirceur occasionné par les pouvoirs du démon. Ils allaient enfin pouvoir entrer !
Infatigable, Draeyl suivait parfaitement les enseignements de son maître : il utilisait la peur et la douleur des autres comme des armes, massacrant allègrement les hommes terrifiés.
Pourtant, les premiers arrivaient déjà à l’intérieur du bâtiment, courant se mettre à l’abri des murs.
Mais la porte se faisait vieille ; et, tandis que le reste du groupe s’apprêtait à entrer, l’un d’eux aillant déjà entamé le dernier saut avant la protection procurée par l’entrepôt, alors que les personnes déjà présentes à l’intérieur se préparaient à fermer la porte, celle-ci craqua : les chaînes usées qui la retenait depuis de nombreuses années lâchèrent et, dans l’instant, ses pointes tranchèrent le dos du pauvre homme, livrant à une triste fin les quelques survivants du carnage…
Alors que l’homme, baignant dans son sang, rendait son dernier souffle d’un côté de la porte, l’ombre du tueur englobait les hommes restants qui, haletant, se résignaient à la mort. Au
Alors que le calme semblait enfin revenu sur l’entrepôt, un bruit fracassant résonna dans l’immense bâtiment. Les gens se précipitaient maintenant vers les râteliers remplis d’armes de toute sortes, passant de l’hallebarde au large tranchant au fusil ou au pistolet aux formes pleines de courbes et d’angles. Ils saisissaient leurs armes fétiches et se préparaient à l’inévitable combat. Pourtant, tous ne se dirigeaient pas vers les râteliers ; certains partaient dans d’autres directions, pour d’obscures raisons…
Draeyl, qui avait porté le coup, ne s’en arrêtait pas là, sa rage le poussait à détruire l’ennemi par tous les moyens. .Le frénétique guerrier martelait le mur, et une large entaille se formait à chaque heurt. Bientôt, la cloison était sur le point d’être détruite, et quelques coups plus tard, un large trou s’ouvrait devant le guerrier.
Chacun était prêt à tuer,
L’arme à l’épaule était portée,
Les yeux scrutaient la pénombre,
On aurait eu peur de son ombre,
Quand, soudain, jaillissant d’un coin,
Le démon apparaît, tel l’assassin,
La senteur s’élève, puanteur de la peur,
Alors que les cris montent, rageurs
Le carnage s’annonce, les balles ricochent
Car, encore, le guerrier se cache,
Il bondit, se replie,
Pourfend, prend son temps,
L’obscurité est son atout,
C’est à en devenir fou,
Jamais terreur n’a été si intense,
Pour ces personnes presque en transe
C’est un carnage, et pourtant,
Les cris des personnes qu’il aimait tant,
Ne semblent annoncer que les prémices,
De sa rage destructrice.
Le dernier carré s’est formé,
Constitué de combattants terrifiés,
La mort les appelle à sa porte,
Pour former une cohorte
Et, soudain, lueur d’espoir,
Pour tous ceux près de l’abattoir,
Les antiques machines
Sortent leurs canines
Les machines avaient une apparence imposante, dominant par leur taille leurs servants. Elles étaient peintes d’un noir de jais, qui faisait scintiller dans la pénombre les parties acérées de l’ancestral engin de destruction.
Il y en avait une grande, immense même ; sa bouche béante ne laissait rien voir d’autre qu’un hypnotisant abime. Deux autres, montées sur des tourelles elles même suspendues au plafond par une large et solide corde de fer, semblaient la seconder dans sa tache. Leur taille était moindre, mais le fait qu’elles soit au dessus du niveau du sol contribuait à l’impression de force qui s’en dégageait. Le trio infernal se mit en route, lâchant des myriades de projectiles, accompagnés des tirs de fusils des quelques rescapés. Draeyl montra ses crocs, qu’il avait fort pointus et aiguisés, avant de s’envoler dans les airs à la recherche d’un abri. Il se suspendit habilement à une corde, avant de s’élancer tel le vampire avide de sang vers sa proie métallique. Une sorte d’aura rougeâtre le protégeait des tirs, faisant disparaître les quelques balles qui arrivaient sur le monstre.
Pourtant, alors que l’ignoble créature fondait vers sa victime, un protecteur du village dégaina. Il frappa de toute sa force, son sabre arrivant inévitablement ce qui ressemblait désormais à une immonde bête à la jambe. Une
Draeyl fut surpris de tant de détermination, et il gratifia l’adversaire d’un chaleureux mais mortel baiser, des pointes acérées sortant des joues du monstre.
Les cheveux métalliques virevoltaient tandis que le fanatique détruisait méthodiquement machine après machine. Quand, enfin, il eut terminer, il se retourna ; tous avaient fuis l’entrepôt damné…
Son rire fut si fort, que tous l’entendirent, se pétrifiants de terreur.
Alors qu’il sortait lui aussi, se préparant à s’envoler vers d’autres horizons, sont maître arriva. La soif de sang du démon était presque étanchée, mais la mort du maître ne saurait déplaire à la perverse créature…
Le vieil homme était décidé. Il n’aurait pas la moindre pitié pour son ancien élève. Il ne ferait pas l’erreur d’hésiter !
Draeyl n’attendit pas pour prendre l’offensive. Le massacre lui avait donné un goût immodéré pour le sang, et il entendait bien faire couler celui de tous ceux qui se mettraient sur son chemin…
Alors que son élève le chargeait, le maître sauta, joignant les paumes et faisant jaillir une large et longue lame recourbée de celles-ci. Toujours dans les airs, il se replia et commença à tourner sur lui-même, formant une dangereuse boule.
Draeyl avait déjà dépassé l’emplacement où se trouvait son maître ; il sauta en arrière, dépliant son souple corps vers l’endroit où était le guerrier. Sans même regarder celui-ci, il abattit ses deux bras derrière lui, arrêtant net le tournoiement. Ils tombèrent tous deux à terre.
Les deux guerriers se relevèrent à la même vitesse ; cette fois, ce fut le sage qui attaqua le premier. Il fit un tour à 360 degrés, remontant sa jambe droite vers son adversaire. Une sorte de harpon sortit alors du pied, se détachant entièrement en déchirant la tong. Il
Enfin, alors que le cadavre ne contenait plus la moindre goutte de liquide vital, le démon, repût, s’envola vers de nouveaux horizons.
Maître des lames, chapitre 3
CHAPITRE III : Gardien du passé
Enfin, alors qu’il contemplait la silhouette sombre volant dans les cieux, le rêve s’arrêta subitement. De nouveau, les brumes l’entouraient ; cependant elles ne lui faisaient plus le moindre effet. Draeyl ne perdit pas de temps ; il finit son escalade, arrivant en vue du col.
Celui-ci était en forme de cercle, aux bords découpés dans le roc se reflétant dans la pénombre de la nuit.
Le maître des lieux était là, montant la garde depuis des décennies. Il gardait le passé, les yeux de ses deux têtes tournées vers celui-ci ; parfois, un aventurier venait à sa rencontre, mais jamais il n’avait l’opportunité de le raconter.
Draeyl avait maintenant passé le col, il se tenait droit, ses yeux virant du mauve au rouge fixés sur son prochain adversaire.
Le guerrier avait fait le vœu de détruire tous ceux qui se mettraient sur son chemin ; et jamais il n’accepterait que le dragon bicéphale soit connaisseur de son passé. De plus, il savait que la créature ancestrale manigançait contre lui, sa brusque montée en puissance n’étant pas passée inaperçue et lui ayant attirée bien de l’animosité.
Lentement, le dragon tourna ses têtes vers son ennemi. Son corps était tapissé d’écailles dures comme l’acier, dont la couleur passait d’un rouge sanguin à un violet plus ou moins sombre. Ses énormes ailes à la membrane légère mais solides étaient de la même couleur que le reste de son corps. Sur son gigantesque poitrail s’ouvrait une bouche haineuse, semblant aspirer l’espace devant elle. Ses longues dents blanches comme neige se refermaient goulûment dans le vide. Ses deux têtes, quand à elles, auraient inspirées la terreur à tout être sensé. La peau de la moitié l’une d’elles avait été arrachée par le temps, dévoilant une chair rougeâtre diffusant des relents de pourriture. Son autre face avait gardé, comme le reste de son corps, ses écailles.
On racontait que la première des bouches de ce monstre crachait un venin qui tuait dans la seconde, la seconde étant capable de délivrer un torrent de flamme pouvant raser une forêt entière. Une légende s’était peu à peu formée sur ce dragon, que l’on nommait Eathyr, le gardien du passé de chacun. Mais nul valeureux héros ne l’avait tué !
La tension était palpable, semblant figer le temps. Lentement, lentement, les secondes s’égrenaient. Et, enfin, un imperceptible mouvement de Draeyl déclencha la bataille. Le
Comme en réponse à ce langage mystique, la terre trembla. De larges lames sortirent de terre, formant une allée tranchante vers la créature bicéphale. L'ancestrale créature trancha de ses serres celles qui s'approchaient trop de son corps massif.
Draeyl sortit ses armes fines et souples de leurs étuis, il était décidé a en finir.
Apercevant le scintillement du métal aux étranges capacités, le dragon n'hésita pas ; un flot de flamme sortit d'une de ses gueules, faisant luire ses immenses crocs. Le guerrier l'esquiva habilement, continuant sa course effrénée, tandis que le dragon déployait ses immenses ailes. Son autre gueule lâcha alors un liquide visqueux de couleur verdâtre, qui vola vers l'ennemi. Le possédé sauta, passant derrière le poison, se projetant vers le poitrail et la bouche sanglante. Celle-ci happa goulûment l'air, son instinct lui dictant de se préparer à mordre.
Le combattant trancha la bouche, ne lui laissant même pas le temps de répliquer. Il se prépara à donner un second coup, fatal, quand un flot de flammes le fit voler contre les roches du col.
Il se releva péniblement, maudissant la bête. De
Draeyl croisa le fer avec elles, produisant bruits métalliques et étincelles à chaque fois que ses armes touchaient les solides serres. Ses sortes de sabres souples volaient vers elles, tandis que le guerrier esquivait habilement les attaques. Enfin, le guerrier joignit ses deux armes en un arc de cercle projeté vers les deux pattes jointes. Gravement blessé, le dragon les recula promptement, crachant un jet torsadé de feu et de poison. Le possédé émit un large bouclier rougeoyant de mille feux, qui le recouvrit totalement ; le tir heurta celui-ci de plein fouet, formant des étincelles se reflétant sur la demi-sphère.
Draeyl rangea ses armes et plaqua ses mains sur son bouclier, lui transmettant l'énergie nécessaire à tenir. Toutefois, la puissance de l'ancestrale créature ne se laisserait pas arrêter par cela ; ainsi le combattant ne gardait bientôt qu'une unique main sur le bouclier, l'autre attrapant la large poignée de l'épée située sur son dos, dans son fourreau. Il sortit cette arme, large épée conçue pour être tenue à deux mains, lâcha le bouclier qui éclata comme du verre et s'élança, joignant sa seconde main à la première, prêt à porter un coup qui, il l'espérait, serait fatal.
Il bondit, sa vitesse lui permettant d’esquiver les crocs acérés des deux têtes cherchant à le tuer. Il allait atteindre le robuste poitrail de l’immense créature quand celle-ci s’esquiva. L’attaque trancha net l’énorme aile droite violacée, du sang noir jaillissant du membre coupé.
Le monstre, hurlant de douleur, balança sa queue sur l’ennemi. Celui-ci subit le coup de plein fouet, et pour la seconde fois il voltigea contre les rebords du col.
Cette fois ci, la créature le chargea ; mais son aile manquante la déséquilibrait et sa queue pesante avait des difficultés à tenir son rôle de balancier.
Profitant de ce désavantage, Draeyl fondit rageusement sur le côté droit, percutant de toute sa force Eathyr. Les deux gueules de celui-ci happèrent l’air, leurs cous se mouvant chaotiquement, tandis que le corps pesant basculait sur le côté, s’approchant dangereusement des limites du col, s’arrêtant quelques instants, sur le dos, avant de tomber, tomber… Emportant avec lui le possédé responsable de sa chute.
Maître des lames, chap 4
CHAPITRE IV : Adalrik
Les clameurs résonnaient dans la tête du nordique. Des cris d’encouragement, des hourras vibrant d’admiration. Debout sur la proue de son navire, Adalrik le Sigmarite observait d’un regard déterminé l’horizon incertain, n’adressant pas un regard à la terre habitée par les siens.
Son grand drakkar, terminé par une magnifique et terrifiante tête de dragon, naviguait rapidement, fendant les flots tumultueux du Grand Océan.
Tandis que, déjà lointaine, la côte rapetissait encore, les nordiques s’affairaient. Ils choisissaient leurs hamacs, posaient leurs armes, défaisaient leurs armures de cérémonie ; ils entreposaient les vivres dans la calle, avec les tonneaux de bière et d’hydromel.
Le second du capitaine, un certain Asulf, veillait au grain, tandis que le capitaine retirait sa lourde armure rutilante afin de l’entreposer, comme son large marteau et sa hache de guerre, dans son coffre personnel. Il portait maintenant un large manteau de fourrure, extrêmement chaud, essentiel pour combattre le froid mordant du grand large.
Leur chef avait la réputation d’un homme sage et juste ; mais nul ne doutait de sa dureté concernant les fautes commises à bord, et aucun des guerriers ne se permettrait le moindre relâchement durant le voyage.
Les jours passaient et le navire continuait son voyage, au gré du vent qui gonflait ses voiles, malgré les pluies, les tempêtes, les subites tombées de grêle. Enfin, après plusieurs semaines de voyage, une terre fut en vue ; quand le navire ne put s’approcher davantage, on sortit les canots et on alla à la rencontre de cette nouvelle côte.
Les Nordiques n’eurent pas à marcher longtemps avant d’arriver à ce qui avait sûrement été un village. Il n’en restait désormais que des ruines et quelques maisons en piètre état, inhabitées. Un groupe d’une vingtaine d’hommes, menés par le chef, s’y rendit. Mais tout avait déjà été pillé ; quelques corps gisaient ça et là, atrocement mutilés.
Soudain, alors qu’il sortait de la bâtisse, Adalrik se rendit compte de la situation. Les marques de pillage étaient récentes. Le village était entouré de collines. Et tout était si calme… Trop calme. Le valeureux guerrier avait assez d’expérience pour savoir que la tempête ne tarderait pas à se déchaîner…
Jetant des regards suspicieux en tous sens, Adalrik héla ceux de ses hommes encore occupés à visiter les maisons, volant le maigre butin restant. Et, alors qu’il leur ordonnait, ainsi qu’à ceux restés prêt de lui, de se replier vers le reste du groupe, son regard s’accrocha à un détail du paysage. Un drapeau, rouge et noir, avec, au centre, un motif que la distance empêchait encore au guerrier de discerner, sortait d’un bosquet. Il claquait au vent, signal d’une présence humaine, sûrement hostile…
S’efforçant de garder son calme, Adalrik, suivi de ses hommes, commença à courir vers le sentier par lequel ils étaient passés, au cœur de la forêt. Mais la lourde armure de leur chef les ralentissait ; ils savaient bien que, si il y avait bien une présence hostile, elle les attaquerait avant qu’ils n’aient pu atteindre l’armée…
D’inquiétants bruissements dans la forêt environnante, le bruit sec des brindilles brisées par une marche précipitée, les cris perçants des quelques oiseaux dérangés ; les oreilles exercées des Nordiques ne furent pas dupes et détectèrent la présence d’un individu dans la forêt. Ils accélérèrent encore la cadence, courrant presque malgré leurs armures et la moiteur environnante.
Les bruissements se firent encore plus forts, comme si les poursuivants eux aussi couraient.
Enfin, les guerriers arrivèrent dans une large clairière. Ils l’avaient déjà traversée à l’aller ; ils étaient à mi-parcours.
Mais Adalrik, aux aguets, aperçût un mouvement furtif. Il prit son marteau, recommandant aux autres de se préparer à la bataille.
Voyant que les Nordiques se préparaient au combat, leurs poursuivants, renonçant à toute discrétion, sortirent de la forêt.
Ils étaient grands et basanés, portant à la ceinture de redoutables cimeterres, et sur leur dos, accroché grâce à une sangle de cuir, pendait un bouclier rond. Leurs têtes étaient enturbannées, et leurs torses nus.
« Des Sarrasins ! » rugit une voix dans le groupe rassemblé au centre de la clairière.
Sans aucun doute possible, c’était eux qui avaient dévasté et pillé le village voisin, et ils ne rechigneraient pas à massacrer ceux qu’ils avaient encerclés.
Ils étaient peut-être le quintuple, voir plus, des Nordiques, et des renforts semblaient attendre dans la forêt. Tandis que les vaillants guerriers se préparaient à vendre chèrement leurs vies, entonnant un lugubre chant de mort, leurs assaillants, disposés en deux rangs menaçants sur toute la limite de la forêt, commencèrent à tourner, le premier rang dans un sens, le second dans l’autre, sans quitter des yeux les guerriers.
Enfin, alors qu’ils feignaient de commencer un troisième tour, les Sarrasins chargèrent. Hurlant des sentences de mort dans leur langue, arme levée, prête à trancher net tout ennemi, ils ressemblaient à des démons.
Déglutissant avec peine, Adalrik intima à ses semblables de tenir leur position. Il sortit son cor de guerre, et, défiant ses ennemis, y souffla puissamment. Le son retentit à des kilomètres, alertant les hommes restés au camp du péril dans lequel étaient engagés leurs camarades.
Sortant de leurs tentes, scrutant la pénombre, ils organisèrent rapidement une opération de secours, se dirigeant vers l’emplacement d’où semblait être venu le son.
Prenant son marteau à deux mains, Adalrik frappa de tous côtés les barbares, créant une zone où les ennemis ne pouvaient plus – ou plutôt n’osaient plus, sous peine de se faire hacher menu par l’arme mortelle – approcher.
Voyant cela, Adalrik s’élança en tourbillonnant, écrasant les os des infortunés se trouvant sur sa route.
La fièvre du combat réveillait peu à peu son talent de maître des lames. Il s’était spécialisé en tant que berserker, fanatisé par le combat. Ce statut respecté lui avait valu les honneurs, jusqu’à ce qu’il atteigne sa place actuelle dans la rude société nordique.
Accroissant encore sa vitesse, Adalrik laissa sortir quelques lames bleutées de son torse et une de ses deux pieds. Il se mit à tournoyer, se transformant en une toupie infernale…
Combattant pour sauver leurs peaux, les Nordiques reprirent courage en apercevant la vigueur renouvelée de leur chef. Menés par celui-ci, ils chargèrent violemment la masse de Sarrasins, hurlant leur rage de vivre.
Quand, enfin, le reste de la troupe arriva sur le lieu du combat, celui-ci battait son plein. Les lourds marteaux, sortis des meilleures forges du pays, écrasaient crânes et os sans répit. Les barbares, eux, commençaient à reculer ; la peur de la mort était plus forte que l’attrait causé par l’or qui emplissait sans nul doute les bourses des nouveaux venus.
Soudain, alors que les Nordiques venant d’arriver s’apprêtaient à charger eux aussi, un défi se fit entendre au-dessus du vacarme de la bataille. C’était le chef des Sarrasins qui voulait affronter en combat singulier Adalrik.
Mais, tout à sa fureur de berserker, celui-ci n’entendit pas la requête ; il ne fit que s’orienter vers le son, tournoyant toujours. Le chef des Sarrasins, portait un turban rouge sang et deux larges cimeterres à la ceinture. Son corps était couvert d’une tunique de cuir, armure rudimentaire mais assez légère pour ne pas entraver les mouvements. Il se préparait à recevoir son adversaire, quand celui-ci déboula littéralement sur lui, faisant exploser les corps de ses gardes du corps. Quand le Sarrasin tenta de contrer le marteau ravageur, ses lames volèrent en éclats ; il n’avait même pas eu le temps de réaliser cela qu’il se trouvait sur un arbre, disloqué, les os brisés et la chair écrasée…
Les Nordiques restant à l’arrière n’avaient finalement pas chargé. Ils laissaient le combat et la victoire à leurs frères, se contentant de massacrer allègrement les fuyards.
Pour les guerriers basanés, habitués à un combat éclair et une victoire facile, ce fut trop. Tous ensemble, tel un seul homme terrifié, ils fuirent le combat. Malheureusement pour eux, les troupes arrière les arrêtèrent en route et le carnage fut total…
Les Nordiques n’avaient à déplorer que quelques pertes, tandis que la troupe sarrasine toute entière s’était faite massacrer. On amena les morts au campement, entourés par les vivants, en une procession funèbre.
On dressa un gigantesque bûcher, au sommet duquel les guerriers posèrent délicatement les corps de leurs frères disparus. Les grands guerriers entamèrent une chanson d’adieu, tandis qu’un des leurs mettait le feu au funeste édifice.
Ce fut un soir de beuveries et de joie, malgré l’ombre portée par la mort de certains de leurs camarades. Un grand butin avait été trouvé sur les Sarrasins, et le partage n’avait causé aucun problème chez les Nordiques. Oui, cette nuit fut joyeuse et festive… mais qu’en serait-il de la suivante ?
C’était le matin, aux premières lueurs de l’aube. Le majestueux soleil se levait paresseusement tandis que les oiseaux, déjà éveillés, chantaient un bonjour mélodique à l’astre flamboyant. La magnifique lumière éclairait les restes de la beuverie du soir, tandis que les quelques soldats de garde se réveillaient de leur somnolence, attrapant une gourde d’hydromel par ci, une tranche de lard fumé par là, émettant des rots grossiers en retour aux oiseaux et des ronchonnements mal éveillés sur la lumière qui les indisposaient, au soleil. Ainsi passait la matinée quand, courant depuis plusieurs kilomètres, un messager apparu sur le sentier de la forêt.
Les sentinelles, enfin lucides, le firent entrer après vérification ; il ne portait aucune arme, et semblait animé de bonnes attentions. Il réclamait seulement à parler avec le chef des Nordiques, car il disait avoir un message à lui faire parvenir.
Lorsqu’on le fit enfin entrer, non sans avoir réveillé Adalrik, il transmit son message prestement.
« Sire, la ligne de front s’est déplacée vers le Sud. L’ennemi a effectué quelques percées, heureusement repoussées, mais les hommes manquent, malgré leur moral d’acier. De plus, on nous a signalé des Orques près d’ici ; ils sont accompagnés de Gobelins et d’Ogres et certains chevauchent même des sangliers sauvages. Ils semblent divisés en plusieurs clans ennemis, et il serait facile de créer des tensions si on pouvait les approcher. Fanel et Grayh ont disparu, mais aucun autres maîtres des lames n’est à déplorer. L’Armée attend avec impatience votre arrivée. »
Ceci dit, il se retira après avoir salué Adalrik. Celui-ci sortit, et annonça à ses hommes :
« Nous devons accélérer la marche. La grande Armée nous attend, car cette guerre est primordiale pour nous tous. En chemin, nous croiserons sûrement des orques, mais… »
Il s’interrompit, car ses hommes ne le regardaient plus. Ils s’étaient tournés et fixaient un point, de plus en plus grand, qui courait en haletant. C’était un deuxième messager, qui semblait bien plus mal en point que le premier, poursuivi par un féroce ours gris. Il criait pour qu’on lui vienne en aide, et bientôt plusieurs guerriers nordiques sortirent leurs armes et massacrèrent l’animal sauvage. Respirant avec peine, l’homme épuisé donna à Adalrik un message manuscrit.
Il y était écrit ceci :
« Monsieur, nous sommes les rescapés d’un village proche de celui où vous vous êtes fait attaquer. Là-bas, des hordes de gobelins, aidés par quelques orques, massacrent sans pitié les habitants. Le coureur qui vous a transmis cette lettre, ainsi que moi, faisons partie d’un des groupes survivants. Nous vous prions d’accepter de nous protéger ; l’homme qui vous a transmis la lettre vous mènera à notre repaire.
Il s’appelle Sylfaen. »
- Eh bien, nous passerons par votre village ; conduis-nous donc à votre campement !, convint Adalrik.
Maître des lames, chap 5
CHAPITRE V : La tombée du dragon
L |
e vent sifflait aux oreilles de Draeyl. Loin, si loin au dessus d’eux, se trouvait la montagne, si haute que seules les plus puissantes personnes pouvaient y accéder. Et en bas, tache grandissante, menaçante, la forêt semblait s’élancer pour les accueillir, elle semblait tendre ses bras noueux, animés par une sève démoniaque, jonchés de feuilles empoisonnées et chevauchés par des nuées de démons se dirigeant vers lui et la créature qu’il avait occis.
La nuit était tombée ; une nuit sans lune, avec les seules étoiles pour éclairer l’étrange scène, une nuit à laquelle succèderait une aube rougie par le sang versé…
La chute retentit lourdement dans la forêt, faisant s’envoler les oiseaux dans des cris d’indignation. La sentinelle sortit instantanément de sa somnolence, et, l’esprit clair, elle courut vers le lieu du choc.
Draeyl se tenait sur le ventre du dragon. Il savait que son arrivée n’était pas passée inaperçue, aussi sortit-il rapidement ses armes ; si une quelconque menace se présentait, elle serait annihilée sans le moindre préavis.
C’est pour cela que, quand les bruits de pas se firent entendre, puis se rapprochèrent, il était prêt ; ses deux lames Mouvantes sorties de leur fourreaux goûtaient l’air nocturne en ondulant.
Une silhouette se dessinait dans la nuit ; il semblait y avoir un homme, plutôt grand, debout sur une gigantesque masse à la forme indéfinie. L’homme paraissait armé, et prêt à en découdre. La sentinelle se décida à révéler sa présence.
- Eh, vous ! Qui êtes-vous ? Je ne vous veux pas de mal !
- …
- Vous comprenez ce que je dis ? Dites-moi qui vous êtes, je vous prie !
L’homme qui lui parlait semblait avoir une trentaine d’années. Il était simplement habillé d’une tunique de cuir et d’un solide pantalon.
« Un rustre, pensa Draeyl. » Et il fondit sur lui, déployant ses ailes d’acier, tranchant net les arbres qui lui barraient la route.
Le sinistre oiseau métallique embrocha la sentinelle, lui plongeant les deux lames dans le corps. Mais il continuait sa course ; remontant les empreintes du défunt. La pénombre n’empêchait pas ses yeux de pister les traces laissées par le déplacement, ils s’illuminaient d’une lueur cruelle.
Le chemin se perdait entre les buissons épineux, le jeune homme risquait à tout moment de perdre son chemin, égarant ainsi toute la troupe qu’il conduisait.
Pourtant, au détour d’un sentier, il reconnut un des pièges à lapin posé par ses amis ; il se savait enfin proche de son but, sûr de lui. Il força l’allure. Bientôt allait se présenter à lui un chêne centenaire, où il devrait tourner à gauche ; puis viendraient les buissons épineux aux fruits rouges et juteux – mais pourtant extrêmement toxiques – qu’il devrait longer, le petit ruisseau à enjamber et, enfin, derrière un massif, le noyer sur lequel ils avaient construits leur cachette.
Sylfaen ne put s’empêcher de courir, laissant à quelques mètres derrière lui les guerriers ralentis par leurs armures.
Simple maisonnette
Couverte
De planches grossières
Venues de la Terre
Refuge tapissé
Marqué
De fleurs épanouies
Reste de la nuit
Preuve de simplicité
Marquée d’inactivité
Reste d’un passage
Porteuse d’un message
Mais
La mort a frappé
Les vivants, sombré
Le feu a brûlé
Calciné
Tas cendreux
Affreux
Tas d’hommes
Fant’hommes
Lames
Ames
Tiraillées
Enchevêtrées
Lames
Ames
Encore, encore
Fauchées - la mort
Les yeux d’Sylfaen s’embuèrent de larmes. Son repaire, ses amis survivants… Tout avait été rasé par une puissance mystérieuse. Les corps semblaient s’enlacer dans la mort ; fauchés alors qu’ils se préparaient à peine à se défendre. Et, même si certains étaient démembrés, les jambes et bras gisaient plus loin : les cadavres étaient entiers. ENTIERS !
Adalrik se tenait à présent à ses côtés.
« Sylfaen… Viens avec nous. On va les massacrer, ces Orques. Ce crime, et les autres qu’ils ont commis, ne resteront pas impunis. Leur sang coulera à flot, il remplira nos cuves, il rougira les fleuves de tout le pays ! Par ma barbe, ma hache ne sera pas repue tant qu’elle n’aura pas goûté à leur chair ! » Ainsi jurait Adalrik, tentant de réconforter le jeune homme.
« Ce ne sont pas les Orques qui ont fait ça. Nul Orque ne laisse un humain mort sans lui prendre la tête et le cœur. Et ces cadavres sont entiers, Adalrik. Non, ce ne sont pas des orques qui ont fait ça… C’est autre chose, une chose monstrueuse. », murmura le jeune homme à son sauveur.
« Alors nous tuerons cette chose, aussi monstrueuse et puissante soit-elle ! » la réplique était sincère ; elle réconforta Sylfaen, qui réussit enfin à détourner ses yeux de ses infortunés camarades. Levant les yeux, il indiqua à Adalrik :
« Maître, je crois que l’on vous appelle. Ils semblent avoir découvert quelque chose, allez-y donc, mais je n’en supporterait pas plus. » Il marqua une pause. « Jamais. »
Adalrik alla donc voir ce que ses guerriers avaient trouvé.
Arrivé au lieu de la découverte, il jura. « Un cadavre de dragon bicéphale ! Nom de dieu, si c’est la personne qui l’a tué qui a attaqué le village, les pauvres n’avaient pas la moindre chance de survie ! » Il examina le dragon de plus près. Ces écailles, cette puissante queue, cette peau à vif… Il aurait mis sa main au feu que c’était Eathyr. Mais comment le gardien du passé avait-il put faillir à sa tâche ?!
« Passé lâché… Futur gâché ! » Tel était le proverbe. De noirs évènements allaient se produire ; la destruction du village n’en était sûrement que les prémices.
La nuit fut rude ; Sylfaen ne s’endormit qu’un petit matin, ses larmes avaient ruisselées telle une rivière sans fin durant toute la nuit. Les graines de la vengeance avaient étés semées dans son cœur ; elles n’attendaient que l’occasion d’éclore.
Quand on le réveilla, ses yeux étaient secs. La détermination se lisait dans son regard froid, dans ses pupilles vertes se teintant d’acier. Ses mouvements s’étaient étonnements assouplis ; il marcha fièrement vers Adalrik.
- Je pars, annonça-t-il. Je m’en vais suivre les traces de mes ancêtres.
Le Nordique le regardait avec étonnement.
- Et que va-tu faire, sans armes ni vivres, dans la forêt ? questionna-t-il.
- Je ne suis pas désarmé, rétorqua le jeune homme, sortant un sabre orné de runes. Et je connais les plantes de la région.
- Puisque tu es si confiant, va donc !
La silhouette de Sylfaen se perdit bientôt dans les bois touffus qui bordaient la clairière. Il n’avait pas jeté un regard sur le massacre.